Franck Mantel, anecdotes en course de trail

Ces quelques anecdotes constituent des instants singuliers et riches dans ma carrière de trailer et rassemblent beaucoup des émotions véhiculées par l’ultra running d’un point de vue humain et sportif.

Trail des Hautes Chaumes 1999 (2éme): Humilité

Premier trail compétitif objet d’une préparation spécifique, après le 2e kilomètre je trouve que ca ne va vraiment pas vite donc j’accélère sensiblement le train. Mon impétuosité est rattrapée par Jérôme Trottet, Vincent Delebarre et Patrick Lothodé à mi parcours de cette épreuve de 76 kilomètres. La suite est une longue introspection et découverte de ce qui caractérise l’esprit de l’effort trail, afin de contenir le retour de Michel Begonin: Connaissance de soi et humilité. Je monte sur le podium en bénéficiant d’une erreur d’aiguillage de Patrick Lothodé, j’ai compris plus tard que j’avais tutoyé les meilleurs français de cette période.

Grande course des Templiers 2005 (8 éme) : Pugnacité

Fort d’une honorable première prestation en 2004 (7e) sur cette épreuve mythique ou en fin de saison se rassemblent les meilleurs de la discipline, j’ai abordé cette édition en confiance et sans rien négliger de ma préparation. L’aspect ravitaillement en course était à mes yeux le facteur de performance décisif. Conditionné par l’enjeu j’ai enchainé les erreurs : petit déjeuner à « haut pouvoir digestif » de ceux qui défient les lois de la physiologie, boisson sur dosée, ravitaillement immédiat se surajoutant à la phase digestive du petit déjeuner pris tardivement. L’inévitable hypoglycémie réactionnelle me voit passer 40e à Dourbies, à court de carburant. Je laisse passer ce moment de désillusion en m’accrochant et en me ravitaillant à l’eau pendant 01h30 afin de retrouver une régulation de la glycémie sanguine normale. La tourmente passée, je réalise une fin de parcours très rapide et reprends 18’ (en 01h30) sur la tête de course pour terminer dans le top 10. On peut avoir plusieurs vies dans ces curieux défis.

Marathon des Burons-Aubrac 2009 (3éme) : Liberté

Depuis septembre 2008 j’ai pu intégrer l’entrainement à mon quotidien. Ainsi, ma planification pour la saison répond à un enchainement cohérent de cycles de préparation physique en fonction de qualités à développer et à l’échelle de l’année. Cette course devait voir la validation d’un macrocycle de travail et d’une approche de la préparation très personnelle. Quoique frileux jusqu’au 30e kilomètre, l’objectif est atteint puisque conscient de mes qualités et points perfectibles, je monte sur le podium en compagnie de Thierry Breuil et David Laget. Les 10 derniers kilomètres sont réalisés sur une moyenne très rapide durant lesquels mes incessantes relances se succèdent pour faire exploser un groupe de 5 prétendants au podium. Accompagné par Emmanuel Gault qui seul m’a emboité la foulée, courir à 15 km/h après 03h00 de course sur un plateau du Cantal confère un sentiment de liberté indescriptible dans cet environnement écologique majestueux : maitre de sa course, de son corps, de son esprit.